Sexual abuse scandals in cinema

My thoughts about the latest revelations in France

J’ai hésité à écrire cet article mais après tout, je me suis créé une plateforme avec ce blog, et pour le moment seules des personnes qui me connaissent un minimum me lisent donc je me dis que mes lecteurs sont des personnes dignes de confiance et qui seront en mesure – même si ils ne sont pas 100% d’accord avec moi – de faire la part des choses. 

Si ce blog a été pour le moment voué à vanter les mérites des artistes et des oeuvres que j’aime pour les faire découvrir à d’autres, je me dis que ce serait bien lisse et sans intérêt de faire l’autruche sur un certains nombres de sujets, surtout quand ces sujets affectent directement le monde artistique et en particulier le monde du cinéma, ce cinéma qui est si cher à mes yeux. 

Il y a quelques semaines Adèle Haenel ébranlait le cinéma français, cinéma français qui n’avait apparemment pas assimilé tout ce que le mouvement #Metoo avait fait ressortir de ras le bol, d’injustices et de violences faites à des femmes (et des hommes) par un nombre d’hommes influents. Pour ceux qui n’ont pas encore vu l’interview d’Adèle Haenel chez Mediapart et qui n’ont pas encore lu l’enquête de la journaliste Marine Turchi qui a travaillé à étoffer le témoignage d’Adèle Haenel de témoignages concordants, confirmant ses dires et ses accusations envers le réalisateur qui l’a fait tourner dans son premier film alors qu’elle n’avait que 12 ans, je vous invite à le faire. Non seulement l’enquête, bien que journalistique et non judiciaire, est très sérieuse et permet d’avoir une vue assez claire des faits, mais Adèle Haenel est bouleversante de force et d’intelligence dans les propos qu’elle tient et dans son analyse de sa propre expérience mais aussi de ce qui se joue à plus grande échelle dans nos sociétés. 

Suite à ses révélations, une autre personne a pris la parole une semaine après: Valentine Monnier, photographe, qui a révélé avoir été violée par Roman Polanski dans les années 70 alors qu’elle était âgée de 18 ans. Ces révélations, à la veille de la sortie du dernier Polanski m’ont fait m’intéresser de plus près au cas de Roman Polanski. Et j’avoue que si je n’ai pas toutes les réponses, cela m’a permis de me mettre moi même face à mes contradictions.

Polanski a été poursuivi aux Etats Unis bien avant ma naissance donc je ne peux pas dire que j’ignorais l’histoire. Cependant, en y repensant, ma perception de l’affaire Polanski était teintée du discours jusque là très répandu en France du “pauvre Polanski maltraité par la justice Américaine et virtuose du cinéma que le témoignage d’une jeune actrice avide de succès a tenté de démolir”. Je n’avais jamais cherché à me faire ma propre opinion ni à connaître les faits, jamais remis en doute cette version. Et même si en dehors du Pianist je ne crois pas avoir vu un seul film de Polanski, je pense que cela m’arrangeait bien de ne pas m’accommoder de ce genre de soucis, de me dire que si un film me tentait alors j’irai le voir sans me poser 100 000 questions. Le cinéma et la cinéphile que je suis passaient avant. 

Je ne sais pas si c’est la trentaine, l’expatriation qui m’aide à prendre du recul sur certains traits proprement français ou proprement américain, les témoignages qui affluent à propos de lui ou d’autres mais je n’arrive plus à ignorer ces faits là. Je ne vais pas mentir, l’affiche de J’accuse me faisait très envie. Le sujet du film, les acteurs, tout me donnait envie de découvrir ce film, et les critiques ultra positives sur le film ne m’aident pas, je suis toujours grandement curieuse de le voir. Cependant, je ne peux plus “séparer l’homme de l’artiste” comme beaucoup de personnes tentent de le faire.

Le fait est que Polanski lui même a fait un parallèle entre l’affaire Dreyfus et les affaires le concernant. C’est apparemment ce qui est noté dans le dossier presse du film. L’oeuvre dont il est question présentement est donc directement un plaidoyer en sa faveur. A partir de là comment cautionner un tel film ? Comment cautionner qu’un homme se compare à Dreyfus, homme injustement condamné et dont la condamnation met en avant le fléau antisémite de la France de l’époque, quand ce même homme a avoué avoir eu des relations sexuelles avec une enfant de 13 ans et s’est enfui pour se soustraire à la justice américaine ? Je crois que c’est l’indécence de ce propos qui me pousse aujourd’hui à avoir cette réflexion. 

J’aime le cinéma, et j’aime de plus en plus le cinéma français. Mais la société française, a encore tellement de chemin à parcourir sur l’égalité entre les hommes et les femmes, sur ce fameux “patriarcat” et cette “culture du viol” si bien assimilée même par des femmes – j’en suis la preuve. Ma prise de conscience est toute jeune et j’ai moi aussi souvent par le passé (et surement encore maintenant parfois, à mon grand regret) jugé des femmes injustement et refusé de prendre, par confort le plus souvent, le parti de la victime.

Le but n’est pas de dire “Bouh Polanski pas gentil” le but est juste de se dire qu’à un moment une oeuvre d’art est un moyen d’expression, et si n’importe qui est libre de s’exprimer, alors il faut peut être encadrer l’expression de certaines personnes pour que les bourreaux ne puissent plus parler plus fort que les victimes. J’apprécie en particulier la proposition d’Adèle Haenel d’encadrer le visionnage des films de Polanski d’un débat. Que cette oeuvre ne soit pas censurée, car la censure n’est jamais une solution, de plus elle ne ferait qu’accentuer la posture de martyr de Polanski, mais qu’on ne considère plus cela comme quelque chose d’anodin. Ce n’est pas anodin de payer une place de cinéma pour aller voir le travail d’une personne qui se soustrait à la justice et qui a commis un (des) crime(s), de participer à la tribune et à la fortune de cette personne. Car finalement si Polanski a un grand talent – ce que je ne lui retire absolument pas – et que ses films peuvent rapporter, à lui, aux producteurs et à n’importe qui, alors bien évidemment que ces personnes vont continuer à le protéger. Cela semble cynique et simpliste  de dire les choses comme cela mais je pense que c’est également assez proche de la réalité. La toute puissance d’Harvey Weinstein à Hollywood était elle aussi bien ancrée à cause d’enjeux financiers.

Payer ou non sa place de cinéma n’a donc rien d’anodin, et c’est notre seul pouvoir à nous, spectateurs, pour dire que nous ne cautionnons pas ce comportement, que nous ne sommes pas d’accord avec le fait que cet homme, parce que les faits remontent à plus de 40 ans, ne puisse plus être traduit en justice, que nous ne sommes pas d’accord avec cette solidarité d’artistes et d’hommes (et de femmes !) qui ont cautionné ses actions et que nous ne sommes plus d’accord non plus avec le fait de vivre dans ce genre de société. Chacun fera en son âme et conscience, je n’appelle pas au boycott, car ce n’est ni mon rôle ni ma place, mais j’ai essayé de vous partager le fruit de ma réflexion sur le sujet.

A vous francophones je conseille grandement ces articles sur le site de Mediapart : 


I hesitated writing this article, but after all, I created a platform for myself with this blog and as of now, only people who know me at least a little are reading it I think so I trust you readers and I know you will be able – even if you do not agree with me 100% – to take everything into consideration.

If this blog, up till now, was dedicated to me singing artists or movies’ praises to make you want to discover them, I am thinking that all of it could be pointless and bland if I just looked the other way on certain subjects, even so on subjects linked directly with the artistic world and particularly the world of motion pictures, motion pictures that I love so very much.

A few weeks ago actress Adèle Haenel shook the French movie industry, this French industry which apparently did not assimilate all that the #Metoo movement showed like the facts that women were fed up about injustice and violence towards them (and towards some men) because of some powerful men. For those who did not see Adèle Haenel’s interview (I have to admit I do not know if it exists in its entirety with English subtitles) and who have not read journalist Marine Turchi’s article relating her investigation, I urge you to check them out. Marine Turchi investigated to find witnesses and to fact check Adèle Haenel’s testimony againts the director with whom she did her first movie when she was only 12. Not only is the journalist’s investigation, even if it is not a legal one, very serious and allows you to get a clear idea of the facts, but also Adèle Haenel’s strength and intelligence in the understanding and analysis of not only her specific and personal case but on our society and the role it has to play on a larger scale in such crimes are deeply touching.  

Following these revelations, another person spoke out a week after: Valentine Monnier, a photographer, who revealed she was raped by Roman Polanski during the 70s when she was 18. These revelations, days before the release of Polanski’s latest film J’accuse in France, made me take interest in Roman Polanski’s case. And I have to admit that if I do not have all the answers, it allowed me to face my own past (and present) contradictions.

Polanski was sued in the USA long before I was born so I cannot say I knew nothing about the story. However, thinking back on it, the way I perceived this whole story was tainted with the then popular – in France anyway – vision that described it like “Poor Polanski, mistreated by the US legal system, he is such a motion pictures virtuoso that a young actress looking for glory’s testimony tried to demolish”. I never looked more into it to try to make my own mind up on this issue, nor did I try to know more about the facts. Even if, outside of the Pianist I did not see any of his films, I think it sat well with me to not think too much about these kind of things, to not bother and not feel guilty to go see a movie I was interested in. Motion pictures and the movie buff that I am were more important.

I do not know if turning 30 or the fact that I now live far from home helped make me see with more distance all of this, or if it is also the visibility of the recent testimonies about Roman Polanski, but I cannot ignore the facts anymore. I will not lie, I was really curious and excited about J’accuse’s bill and a few months ago without putting 2 and 2 together I was really excited to see this movie. The subject (the Dreyfus Affair, an emblematic judicial error in France around 1900, against a backdrop of systemic antisemitism), the cast everything made me want to see it, and all the really positive reviews that are coming about the film still make me really curious about it. However, I cannot “separate the man from the artist” anymore as many people (in France anyway) are still trying to do. The fact is that Polanski himself draws a parallel between his own story and the Dreyfus Affair – this parallel is even mentioned in the movie’s press pack shows that the movie in is for him kind of a plea on his behalf. From there, how can I support such a film ? How can I support any man comparing himself to Dreyfus when this same man has in the past confessed to having sex with a 13 year old girl and then flew from his judges ? I really think it is the indecency of such a speech that pushed  me to think a bit more about all of this. 

I love movies, and I love more and more French cinema. But French society still has such a long way to go about gender equality, about this “patriarchy” and what we call in France “rape culture” that is so well assimilated even by women – I am the living proof of it. My own realization and understanding of it is so recent, and I myself often used to judge women unfairly (and if I am honest I probably still do it from time to time unfortunately) and refuse to take the victim’s side, often out of comfort.

The goal of all this is not to say “Booooo, Polanski is bad”, the goal is just to tell ourselves that a movie, or any piece of art is a mean for the artist to express himself, and if anyone should be able to express themselves, maybe we should just supervise some people’s speech to make sure that persecutors are not allowed to speak louder than their victims. I particularly like Adèle Haenel’s proposition to accompany a screening of Polanski’s movie with a debate on the role and place of the artist in regards to the man. I am not rooting for any kind of censorship, because never has censorship been a solution in my opinion, plus it will only help Polanski’s martyr posture. But it could be a great improvement if we stop considering going to see this movie like something insignificant. It is significant to go pay for a movie ticket to go see the work of a person who escaped the justice system after committing a crime, and to participate in his platform and his wealth. In the end, if Polanski has great talent – which I do not dispute – and if his movies can bring money to him, to producers and to whoever else, then of course these people will keep protecting him. It may seem cynical and easy to say something like that but it is also realist in my opinion. The only way Harvey Weinstein was able to commit so many things in Hollywood was because of his financial power over a whole industry.

To pay or not pay your movie ticket is so significant and it is one of our only power, as viewers and movie-goers, to show that we do not agree with the director’s behaviour, that we do not agree with the fact that because it has been so long since the reported rapes that this man cannot be brought to justice, and that we do not agree with this solidarity between artists, men (and women!) who supported his actions and that we do not agree either with the fact that we have to live in such a society. Everyone will decide to go see this movie or not in all good conscience, I will not call for a boycott, as it is not my place or my role, I just wanted to share my views with you after reading articles on the matter, and after giving it a lot of thoughts. 

For people who understand French you can check these articles.


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